mercredi 25 juin 2008

"[...] A aucun moment il n'était amoindri par l'indignité de ses actes ; il acceptait toutes les abjections du destin avec un optimisme féroce. Il était sans dignité, mais cela ne l'empêchait pas de vivre. Ce que Gohar admirait surtout en lui, c'était son sens véritable de la vie : la vie sans dignité. Être vivant suffisait à son bonheur.
Gohar sourit au souvenir d'El Kordi, à l'exagération de ses malheurs, plus fictifs que réels, et sa recherche constante d'une dignité humaine. "Ce qu'il y a de plus futile en l'homme, pensa-t-il, c'est cette recherche de la dignité". Tous ces gens qui cherchaient à être dignes ! Dignes de quoi ! L'histoire de l'humanité n'était qu'un long cauchemar sanguinaire qu'à cause de semblables sottises. Comme si le fait d'être vivant n'était pas une dignité en soi. Seuls les morts sont indignes. Gohar n'estimait que les héros vivants. Ceux-là, sans doute, ne s'embarrassaient pas de dignité."


Alors Albert Cossery est indigne désormais.

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